Les Vollandes

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XVIIème siècle

Au XVIIème siècle, la propriété appartenait à la famille Volland.

Ensuite le fond agricole passa au riche marchand-quincaillier Nicolas Passavant (1605―1682).

En 1690 Simon Passavant (28 mai 1648 ― 15 septembre 1708) fit acte de reconnaissance pour plusieurs parcelles dans le secteur sur la plus importante desquelles avait été construite une maison, une grange et une étable. Ce premier bâtiment rural se trouvait en amont de l'actuelle maison de maître, à la perpendiculaire de la route de Frontenex, où il allait se maintenir jusqu'au milieu du XXème siècle, non sans plusieurs agrandissements.

XVIIIème siècle

Dans la première moitié du XVIIIème siècle, le bien-fond changea plusieurs fois de propriétaire, mais ne quitta pas pour autant la famille qui était triplement alliée à celle des Mallet.

Descriptions issues du cadastre datant du 1711 :

« Une cour centrale, placée en léger retrait de la route, était bordée sur son côté nord par la maison rurale en question et sur son côté sud par un enclos de même superficie, dans lequel se cultivait du chanvre. Au-delà, se déployait un grand jardin potager de plan carré ».

« Une  maison rurale où les maîtres ne disposent guère plus d’une [ ou ?] deux chambres pour le temps des récoltes »

En 1712, la veuve de Simon Passavant se dessaisit des Vollandes au profit de son neveu par alliance Pierre Faure. Le frère de Pierre Faure, Antoine Faure,  le négociant longtemps établi à Leipzig, avait laissé une belle fortune à ses deux filles, Marguerite et Susanne. La seconde, à la suite de son mariage avec l’avocat Alexandre Sales, entra en possession du domaine dit de l'Impératrice à Pregny. La première avait pour sa part épousé le négociant Jean Louis Labat qui se rendra propriétaire des terres et seigneurie de Grand-Cour, dans le Nord Vaudois, en 1755.

L'acte de vente des Vollandes, signé en août 1712, autorisait l'acquéreur à y faire voiturer [...] des matériaux pour bâtir, ceci dès avant son entrée en possession des lieux, fixée au mois de février 1713.

A partir de 1713 Pierre Faure commence la construction des étages inférieurs.

La demeure, qui présente deux façades similaires, tourne les fenêtres de son salon du côté de la vue et de la rue, dont elle était jadis séparée par un petit jardin.

Vers 1718 environ Jacques Barthélémy Micheli du Crest établie une carte où apparaît pour la première fois une maison de maître de cinq travées en façade édifiée à l'emplacement de la chènevière.

En 1719, le peintre Robert Gardelle représente d'une manière authentique sur un de ses paysages l’aménagement des Vollandes avec leur nouvelle maison de maître. Parallèle à la voie, elle fait équilibre à la maison rurale implantée à la perpendiculaire.

En 1721, pris dans la tourmente qui suivit l'effondrement du système de Law, Pierre Faure contracta un important emprunt auprès de son beau-frère, le marchand-joaillier David Guainier-Gautier.

Le plan de la ville et de ses environs de 1735 signale, devant la façade d’entrée, quelques arbres plantés en échiquier. Au nord  de cette salle d'arbres ouvrait un enclos oblong agrémenté d'un grand parterre d'un seul tenant. Ce parterre devait pouvoir se contempler depuis la maison rurale dont l'étage regroupait encore de nombreuses chambres pour maître. La maison est entourée d’arbres et de rases de fleurs.  Parmi quelques grenadiers, myrtes, romarins et laurels se situaient plusieurs figures de plâtre.

Les inventaires de 1739 et 1747 tout comme les vues de Robert Gardelle confirment que, contre toute attente, cette maison de plaisance comptait à ses débuts un étage de moins que de nos jours.

Son niveau inférieur, qui correspond aujourd'hui au sous-sol, abritait la cuisine et sans doute aussi la salle à manger. Six espaces se partageaient le niveau supérieur, soit deux salles axiales éclairées par trois baies chacune, et quatre chambres à coucher d'angle. Selon toute vraisemblance, le passage d'un niveau à l'autre se faisait essentiellement par l'extérieur, c'est-à-dire par le perron arrière où devait se trouver l'entrée principale.

Les façades des Vollandes partagent certaines caractéristiques avec d'autres maisons contemporaines. Des chaînes d'angle à refends encadrent des murs largement crépis. La porte d'entrée axiale, d'une largeur supérieure aux autres baies, se termine en segment d'arc. Comme au Gerdil  ou au presbytère de Genthod, cette porte est mise en évidence par une sorte de petit porche carré. Celui-ci est suggéré par les deux chaînes à refends qui flanquent l'entrée et font mine de soutenir une corniche moulurée régnant avec le cordon de niveau. Réminiscence des façades à décor « quadrille » hérité du XVIIème siècle, les chambranles rectangulaires présentent d'épaisses tablettes saillantes moulurées le long de leur arête inférieure qui apparaissent aussi au Grand Morillon, bâti en 1713-1714, et sur la face arrière de Beau-lieu, en construction en 1711.

Tandis qu'un petit parterre trouva place entre la nouvelle maison et l'actuelle route de Frontenex, d'autres espaces d'agrément furent gagnés sur le jardin potager arrière.

L'inventaire de 1739 confirme l'attention toute particulière que portaient les propriétaires à ces divers aménagements de verdure. Il fait état de dix-sept orangers et d'un citronnier placés dans des caisses en bois. Vingt autres orangers de moindre taille avaient des récipients en terre cuite, de même que les quelques grenadiers, myrtes, romarins et laurels que comptait la propriété. En sus de rases à fleurs en grand nombre, l'inventaire relève l'existence de plusieurs figures de plâtre qui devaient conférer à ces jardins une note raffinée en dépit de leur relative fragilité.

Vers 1739, Pierre Faure ne put pas rembourser le prêt effectué en 1721 et, face aux revendications des héritiers du créancier, mit les Vollandes en vente. Le domaine fut alors racheté par un neveu de Pierre Faure, le marchand François Alléon-Guainier, qui le céda sans tarder à son beau-frère, le pasteur et nouveau Bourgeois Jacques Claude Claparède, époux d'Anne Marie Guainier.

En 1742, le pasteur Claparède mourut en laissant trois fils mineurs. Ses héritiers mirent à nouveau la propriété en vente, en arguant du peu de goût [qu’ils avaient] pour la campagne, du faible rapport de fonds [qui n’était] pas proportionné au prix d'achat, et en insistant sur le fait que leur père l'avait acquise en consultant plus l'agrément que l'intérêt.

C'est alors que le bien-fonds quitta définitivement les Passavant et familles alliées pour entrer dans celle des Buisson, dont les descendants allaient se le transmettre jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

En 1742, les Vollandes furent rachetés par les frères encore mineurs Jean Louis  et Jean Jacques Buisson, seuls petits-fils du marchand et syndic Léonard Buisson-Sarasin (1643―1719), celui-là même qui avait contribué à agrandir le domaine de Beau-Pré à Genthod. En ville, les frères Buisson habitaient le bel hôtel de la rue Calvin que leur grand-père avait érigé en 1699 sur les plans de la fameuse agence Mansart à Paris. En raison de la minorité des acquéreurs, les transactions furent menées par leur mère, Jeanne De Tournes (1694―1770), veuve depuis quelques années de l'auditeur Marc Conrad Buisson (1679―1740).

Pendant une vingtaine d'années, Jeanne De Tournes et ses fils s'accommodèrent des Vollandes dans leur gabarit initial.

En 1760, l'aîné, l'avocat Jean Louis Buisson épousa une cousine au second degré, Anne Jeanne Boissier, petite-fille du constructeur de la Boissière. La jeune épouse était née à Gênes où son père, Guillaume Boissier-Buisson (1690―1759), dirigeait l'important établissement de banque familial

En 1768, Jean Louis Buisson-Boissier procéda à d'importants travaux de remaniement et d'embellissement des Vollandes. Il prolongea le noyau du domaine jusqu'à la route de Chêne, d'où il fît tracer une longue avenue d'accès coupant à travers champs jusqu'à la maison de maître. Selon l'historien Edmond Barde, cette même année 1768, il aurait fait établir un devis pour élargir la demeure d'environ quatre mètres, soit grosso modo d'une travée. Comme nous pouvons le constater par nous-mêmes, la maison s'agrandit bel et bien, sinon en largeur, du moins en hauteur, par l'adjonction d'un étage. La salle à manger put ainsi rejoindre le niveau du salon et le salon s'allonger grâce à sa réunion avec une pièce d'angle, comme à Beaulieu dans ces mêmes années. Enfin, un petit escalier à deux rampes droites opposées relia désormais tous les étages, en réduisant à la taille d'un cabinet les chambres sur cour sur lesquelles il empiétait.

En façade, l'étage de surélévation reprit le rythme et le traitement des baies initiales, bien que les épaisses tablettes saillantes eussent depuis longtemps passé de mode. Nonobstant, les propriétaires s'autorisèrent quelques menus écarts. Afin d'assouplir quelque peu les lignes, ils firent délarder les linteaux des fenêtres de l'étage. Du côté du salon, ils ajoutèrent sans doute les deux pilastres toscans qui se détachent sur une table à refends de part et d'autre de la porte axiale. Et c'est au plus tard au cours de ces travaux que la maison fut dotée de son perron avant. Par ailleurs, jardins et cheminements de promenade gagnèrent en étendue.

En 1769, les frères Buisson acquirent ensemble une seconde propriété en campagne, le Saugey, à Satigny. C'est là que s'installa le cadet, tandis que l'aîné, qui faisait ménage commun avec leur mère, reprit les Vollandes.

En 1770 convolèrent le jeune frère Jean Jacques Buisson et la sœur benjamine Jeanne Anne Marguerite Boissier (1735―1809).

Comme en témoigne le cadastre de 1788, la propriété s’est muée en un domaine accordant une par croissante à l’agrément des propriétaires, agrément auquel concourent maison de maître, parterres, allées, promenades et pavillons de jardin.

En 1797, un inventaire fut établi suite à la faillite de Jean Louis Buisson, pour qui, comme pour bien d’autres Genevois fortunés d'alors, la Révolution fut synonyme de ruine.

En voici un extrait :

« Il y avait deux salles d’arbres, l'une composée de marronniers et l'autre de tilleuls. Trois pavillons de jardin se dressaient en bordure de propriété, le long des voies publiques.

Sur la terrasse, entre la susdite maison (de maître) et le chemin de Frontenex est un pavillon en treillage décoré de pilastres avec sculptures au-dehors ; [son sol est] carrelé et le couvert garni de fer-blanc; à l'autre extrémité du mur, au midi de l'avenue de charmille, est un autre pavillon décoré et peint, construit en légère maçonnerie dite règlemur, carrelé et recouvert de fer-blanc. Il est divisé en deux pièces, une d'entrée et une renfermée. Enfin un troisième, placé /.../ sur le chemin tendant à Chêne, construit en treillage et couvert en ardoise et fer-blanc. »

En 1798, les biens immobiliers de Jean Louis Buisson furent rachetés par ses trois enfants, l'avocat célibataire Jean Jacques Buisson (1763―1841), dernier du nom, et ses sœurs Marguerite (1761―1840) et Catherine Louise Adélaïde Buisson (1766―1844). Seule cette dernière allait assurer une descendance par son mariage avec le professeur à l'Académie et futur membre du Conseil représentatif, Henri Boissier (1762-1845), lequel devait peu après aussi hériter de la Boissière.

Vers la fin du XVIIIème siècle, la propriété des Vollandes s’étend sur les cinq hectares, entre les routes de Frontenex et de Chêne.

XIXème siècle

En 1844, la propriété échoit à Emile Naville-Saladin (1820―1897), cadet des petits-enfants de Catherine Louise Adélaide Boissice-Buisson, fils d'Anne Sophie Adélaïde Boissier (1792―1820) et de Jean Edouard Naville (1787―1851), agronome, maire des Eaux-Vives, syndic et propriétaire du domaine voisin de Montchoisy.

En 1885 paraît la loi relative à la construction de la ligne de chemin de fer reliant les Eaux-Vives à Anemasse qui, en 1886, coupa en deux le domaine, dont les terrains allaient servir à l'extension de la ville. En 1897 le domaine passe au neveu et filleul d'Emile Naville, Gustave Naville Neher (1848―1929), ingénieur longtemps établi en Suisse alémanique, pionnier dans le développement de la production de l'aluminium, membre fondateur de l'Eglise française autonome de Zurich en 1902.

Vers 1929, les enfants de Gustave Naville conservent l'indivision.

XXème siècle

En 1947, le domaine subit la vente, puis le morcellement et le lotissement progressif.

Au début des années 1950, les architectes Honegger installent leurs bureaux dans la maison de maître.

Vers 1970, un incendie ravage la maison à partir du rez-de-chaussée.

XXIème siècle

De nos jours, il ne reste plus guère que l'enveloppe de la maison de maître, avec sa petite cour adjacente ombragée de marronniers et son grand cèdre du Liban.

A partir de 2008, le domaine appartient à la société SI Les Vollandes.

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